Entre jungle et béton : Les Haïtiens de Tapachula, orphelins d’un État défaillant.

  • 30/12/2025
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Entre jungle et béton : Les Haïtiens de Tapachula, orphelins d’un État défaillant.

Alors que le Père César Augusto Cañaveral, responsable de la pastorale des migrants à Tapachula, multiplie les appels à la « coexistence » et à l’intégration, un constat amer s’impose : les ressortissants haïtiens sont les grands oubliés de leur propre État. Dans cette ville-frontière du sud du Mexique, devenue un immense camp de transit à ciel ouvert, la détresse des Haïtiens ne trouve aucun écho auprès des autorités de Port-au-Prince.


‎Une diplomatie de l’absence
‎Pendant que les prêtres mexicains et les organisations humanitaires s’évertuent à « tisser de bonnes relations » entre locaux et étrangers, le gouvernement de fait d’Alix Didier Fils-Aimé brille par son inaction. Alors que des milliers de compatriotes s’entassent dans des campements de fortune à la périphérie de Tapachula, fuyant une terreur qu’ils ne peuvent plus supporter, l’État haïtien semble avoir abdiqué sa mission de protection.

« Nous sommes comme une église frontalière », déclare le Père Cañaveral. Mais où est l’État frontalier ? Où est le support consulaire pour ces milliers de vies en suspens ?


‎La critique est cinglante : le gouvernement de transition, davantage préoccupé par sa propre survie politique et les luttes d’influence au sein du Conseil Présidentiel de Transition chacun a son tour (CPT), traite la crise migratoire comme un phénomène extérieur. Pourtant, ce sont l’insécurité galopante et l’effondrement économique — que le pouvoir actuel peine à juguler — qui jettent ces citoyens sur les routes périlleuses de l’exil, du Darién jusqu’aux confins du Chiapas.

‎À Tapachula, l’Haïtien n’est pas seulement un migrant ; il est le symbole d’un abandon national. Les statistiques sont cruelles : alors que d’autres nations tentent de négocier des conditions de passage ou de protection pour leurs ressortissants, les Haïtiens, eux, font face au racisme systémique et à l’incertitude administrative sans aucune boussole diplomatique.


‎Le Père Cañaveral prône l’intégration, mais pour beaucoup d’Haïtiens, cette intégration ressemble à un exil définitif né du désespoir. Le gouvernement de fait, par son silence, valide tacitement l’idée que le pays n’a plus rien à offrir. En ne proposant aucune cellule de crise, aucun dialogue sérieux avec les autorités mexicaines pour faciliter la régularisation de ses citoyens, Port-au-Prince se rend complice de leur précarité.


‎Il est temps que les autorités de transition cessent de voir la migration comme une soupape de sécurité déchargeant le pays de sa jeunesse. Tisser des liens à Tapachula est une nécessité humanitaire pour les Mexicains, mais c’est une condamnation morale pour un gouvernement haïtien qui regarde ses enfants s’enraciner ailleurs, faute d’avoir pu leur garantir une vie chez eux.



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